mardi 5 juin 2018

L'ADOPTION


Il me fallait la traiter la question de l'adoption puisque c'est une chose à laquelle je réfléchis depuis l'enfance. C'est étrange un peu non !? D'être intéressée aussi par cette histoire là qui reste difficile, presque toujours compliquée. Pire que les vraies familles ? Je suis ici à répéter que Yves Lecerf est mon père-adoptif ! Père-adoptif ! À tout bout de champ. Pourquoi est-ce que j'insiste ainsi quand il n'a pris la place de personne ? Retenez, ne prendre la place de personne et sûrement pas des parents biologiques. Il faut l'apprendre. Concernant Yves je pouvais ne parler que d'amitié, c'était plus simple et vrai pour partie. Même à mon chat je lui dis qu'il est adopté et il le sait bien.
L'adoption comme avec un renard. Même si c'est le plus souvent raté.
Quand j'entends ces femmes qui font FIV sur FIV et ne marchent pas toujours. Elles avancent en âge, s'agitent, espèrent. Et je m'étonne que plus rarement ces couples et de femmes ou d'hommes aussi ne songent à l'adoption que plus tard seulement, souvent douloureusement pour certains, souvent tardivement, mis à part des vedettes qui se prennent pour Joséphine Baker. Globalement ça semble un plan B pas si enviable.
On sait qu'il est pas simple pour tout le monde d'adopter.
Ce qui m'avait frappé dans La Genèse, c'est que sur trois générations, les couples principaux, Abraham et Sarah, Isaac et Rébecca, Jacob et Rachel, ces trois couples durent attendre avant de pouvoir avoir un enfant à eux. Cela ne marche pas. Et Abraham, Isaac et Jacob auront d'autres enfants, avant et avec d'autres femmes. Je ne dirais pas en attendant. Mais c'est comme si la passion dont ils étaient fait ne pouvait engendrer. On sait des couples qui ont des enfants "à eux" au moment ou pas très longtemps après une adoption. Quelque part une distance doit s'opérer, on dirait.
Adopter. J'ai deux exemples. Un bon et un mauvais. C'est binaire mais proche d'une certaine vérité.
J'avais au lycée une amie dont les deux frères et une sœur plus jeune avaient été adoptés par une riche famille de la bourgeoisie messine. Chaque enfant venait d'ailleurs. La dame, une bonne catholique cultivée, avait fait comme dans les vraies-familles.. avec ses préférés et les autres. Je trouve cela encore bien plus pathétique quand il s'agit d'enfants adoptés. Son Dieu pourra tout lui pardonner, puisque c'est le gingle des cathos. Le frère aîné vivait loin de ces parents. Le plus jeune qui était noir à une époque où dans cette ville de province ils n'étaient encore pas si nombreux, vous pouvez me croire. Gentil qui jouait à être le délinquant de la famille.
Mon amie n'a cessé de chercher qui étaient ses parents biologiques, même étant la préférée de sa mère-adoptive, ce qui ne l'a pas empêchée de souffrir.
N'importe quel parent adopte, sans le savoir. On a tous un blanc quand un enfant vient au monde. Ce qu'il adviendra de lui n'est jamais qu'une affaire de génétique seule. Et tout le monde en convient à peu près. Environnement ils disent à présent. Moi à ce mot j'applique l'ancien nom d'un ministère qui deviendra celui de l'écologie. C'est général l'environnement, un fourre-tout pratique. La famille ça se construit. Même quand elle aura accouché, le papa à la caméra, tout le monde restera dépassé face à cette nouvelle vie. La naissance n'est pas un blanc-seing pour les parents et la mère d'où l'on vient, c'est l'inconnu qui nous fait face. Un ailleurs qu'ils veulent camoufler en liens, en sang, et finissent en tripes un peu dégoûtantes.
L'enfant a envie de faire confiance, biologique ou pas. Mais quand il n'est pas aimé par l'adoptif et pour de bon, alors c'est la double-peine. Le sentiment de solitude doit être poignant. La petite sœur de mon amie semblait se débattre dans un vide, avec une force de vie rageuse, tendre.
Un truc de ces tripes justement, leurs projections au mur du temps, une expérience d'en famille, une histoire vraie de l'entre-soi. Il faudrait parfois que ces parents du je-veux-que-cet-enfant-soit-de-moi et quand leur enfant sera né, parce que elle concerne tout le monde cette fécondation artificielle. Car il en faut de l'amour pour faire un être humain. Et je dis que tous les parents apprennent, ils ne savent pas, ainsi, et doivent entendre cette histoire d'adoption plus que d'autres, quand même, et les concerne autant.
Personne n'aime sans raison, sauf peut-être les enfants.
En eux, apprivoiser c'est vite fait, chevillés à l'espérance d'être aimés puisqu'on les a choisis. La distance mise entre soi et les enfants est salutaire, car elle est l'expression de la réalité. Les chairs de votre chair. Le droit du sang. Beurk ! Toujours en balance comme chez les fétichistes.
L'exemple réussi c'est l'adoption de deux enfants par la psychiatre qui m'a sauvé la vie. Elle et son compagnon ont adoptés leurs enfants plutôt jeunes, si je me souviens, et ils avaient déjà de tout temps dit aux enfants qu'ils étaient adoptés, comme ça semble évident. Quand d'autres veulent ménager qui et se donner l'illusion de quoi ? C'était des parents compagnons et aimants. Les enfants ont rencontrés leurs parents biologiques sans affaire d'Etat même si c'était aussi important. Adoption joyeuse surtout contre le tragique de la bonne famille catholique. Car on voyait bien dans l'autre famille.. que mon amie était aussi aimée, elle le savait, par les adopteurs, parce qu'elle était belle, qu'elle correspondait à ce que ces gens imaginaient d'une fille ou petite fille de ce milieu là. Monde dans lequel sa sœur était le mouton noir. J'aurais voulu l'adopter.
La psychiatre et son ami aimaient profondément les enfants. Si je parlais notre novlangue à Yves et moi, c'est le Verseau sous les auspices duquel cette famille est. Le meilleur de ce signe. La fraternité, sa dimension principale. De toute manière ces deux personnes auraient ou plutôt respectaient tout le monde. Alors aussi leurs enfants. Ce faisant des soucis de mère-poule et goguenards aussi dans le fond. C'est bien. Continuez comme ça.

Mon histoire fondatrice qui m'explique à peu près tout, qui a été à l'origine de mon intérêt pour cette histoire de vraie-fausses-mères ou de fausses-vraies-mères, comme s'amusait à jongler Yves Lecerf. Mon entrée principale et c'est la bonne. J'ai imaginé mais à partir de sources sûres. C'est pas la vérité pour tout dire.
Ma grand-mère a été laissée en nourrice quand elle était bébé. Elle débarque toute petite chez la grand-mère Lambour – enfin elle allait le devenir « grand-mère », le mériter et c'est là mon sujet – la débaptisa de suite (?!), dans le mythe.
« Elle s'appelle comment ?
- Caroline.
- Trop protestant, on va l'appeler Marie. »
La nourrice baptise ? Drôle d'époque. C'est en 1900, pas loin de la synagogue reconstruite depuis peu.
Finalement sa mère disparaît, bien sûr sans plus payer, quand Fantine dans Les Misérables vend ses cheveux et plus tard ses dents pour assouvir les Thénardier, eux pas loin de la famille Dutroux, pour éclairer.
La mère de Marie l'oubliera pendant des années. Et puisqu'elle est de père inconnu (un nom pourtant circule, dixit ma maternelle façon mère-éléphant puisqu'il est question de sa titanesque mémoire), il n'y a donc personne pour s'en occuper. Sinon les Lambour. Ils conservent. Ils adoptent sans signer de papier. Ils ne donnent pas leur nom absolument. Ils ne lâchent pas, c'est tout. Personne.
Famille d'accueil pas payée et se sont laissés aimer quand aux familles dites d'accueil à présent il est conseillé de ne pas trop s'attacher jusqu'à déraper parfois pour le pire Leurs vrais enfants se mêlant à ceux-là. Personne n'est parfait. C'est la conception de l'adoption qui reste imparfaite.
Ma mère répétait que sa mère avait eu la vie de Cosette. Dans une réelle pauvreté.
Dans le quartier Juif où ils vivent, ma grand-mère recevra trois sous à être la shabesgoy qui refait les gestes de ceux qui sont en prière et en joie ce jour-là.
La suite de l'histoire, c'est que la mère biologique est réapparue juste après guerre, la première, quand Marie a à peu près 18 ans. La mémère comme je ne le dis plus, choisit sa mère adoptive contre cette femme idiote, sans intérêt comme elle le vit. Elle n'a pas eu de scrupule, pas moins que Salomon qui menaçait de couper l'enfant en deux. Pas rancunière, c'est de vérité dont il s'agit.
Plus tard ma mère et sa sœur furent envoyées au Luxembourg pour y voir leur façon de grand-mère. Un petit tour et elles n'y revinrent jamais. Par choix personnel. Rien à dire et vraiment et rien à regretter.
Quand je parle de mythe, c'est par là que j'aurais du commencer.
Son décret de justice.
« Tu n'as pas été là, jamais. Cette page est tournée depuis longtemps. »
Jamais Marie ne se retournera de ce côté là, n'en aura la nostalgie. Ça n'était pas sa vie. Elle en fera même une force, Superwoman de notre univers à tous. La droiture laisse parfois pantelant.
L'histoire de Cosette est passionnante. Le personnage l'est moins. J'aime Victor Hugo, mais certaines de ses héroïnes en grandissant deviennent souvent frivoles et un peu mièvres. C'est le cas de Cosette ou de Déruchette dans Les Travailleurs de la Mer – un plus que chef-d'oeuvre. Alors que les personnages masculins ont des triples épaisseurs (il me semble cependant que Victor Hugo aurait dit que beaucoup de ses personnages masculins avaient de Juliette Drouet. Son modèle).
Sinon Fantine, encore et pourtant, puisque je relis Les Misérables. Et tout à coup La femme eXiste. Pute, Mère, Sainte, dans le désordre de sa société.
Tous les membres de ma famille adorait cette femme, Marie, ma grand-mère. Son Mari « Elle est formidable ta grand-mère ! » après de foudroyantes engueulades, ses enfants, et les petits-enfants. Magique et belle. Coffre à histoires. Raconteuse des frères Grimm à moitié en allemand et parfois en français, en traduction.
Elle est née oui en 1900 à Metz, c'est à dire en Allemagne. Elle parle le Plat, un presque Hoch Deutsch quand on entend les Alsaciens. Ma grand-mère parlait un à peu près de Français et je vois bien comment elle redevient elle-même et toute en profondeur quand elle parle l'Allemand.
Dans ce méli-mélo, je remarque que je n'ai la langue maternelle ni de ma mère pour qui le Plat en question, le patois a été la sienne de langue maternelle et quand à mon père c'est l'italien. Mon français est bousculé par cela, je le reconnais à présent. Des sortes de perturbations.
Il y avait d'ailleurs tant de prétendants à être le ou la préféré de la grand-mère que je me contentais d'être parfaitement bien à ses côtés. Je n'avais réellement pas besoin d'être la préférée. Nous étions un accord parfait. Auprès d'elle j'étais constamment heureuse et avec peu de bouderies. Ma mère était brusque, elle était sage. Et quand à la toute fin de sa vie, les derniers mois, elle ne cessait de me dire « Une vraie T. ! » du nom de mon père. J'étais étonnée et parfois j'avais l'impression qu'elle me chassait, au nom de cet autre nom de famille. Je pense un peu différemment aujourd'hui. Elle ne m'a jamais voulu de mal. Alors ce n'est pas me blesser ce qu'elle a tenu là à me répéter au final. Ce n'était pas malveillant. Au contraire. Un chemin. Un leg. Qu'est-ce qu'elle savait de plus ?
Ce qui est fondateur pour moi, pour une famille justement et la nôtre, c'est que le pilier de celle-ci qui les a comme tous tissés entre eux tous, se sont tous accordé après sa mort pour ne retenir que leur chagrin personnel. La famille de cette femme et de son Paul, cette bâtisse qu'elle construisait heure par heure, ce bonheur qu'elle veut donner à chacun. Elle est celle qui les a tous aimé un par un. C'était extraordinaire puisque chacun s'est senti le ou la « préféré(e) » quand il était déjà question d'adoption. Elle nous choisissait. Avec l'élection on change les paramètres. Très peu d'entre-eux ont compris ou simplement cherché à comprendre. Seulement satisfaits comme on est repu.
Bâtir quelque chose qui aurait pu ne jamais exister. Choisir le bonheur. Pas de toute la vie. Mais comme projet. Aimer sans réserve comme on sait ce que cela veut dire. Comme on en a l'intelligence.
Il y a d'autres enfants adoptés chez les Lambour. Des vraies faux frères ou sœur, Charles ou Sylla (Sylla qui est je crois la fille biologique des Lambour, et elle et son mari visiteront régulièrement mes grands-parents jusqu'à la fin de leur vie. Fratrie bien réelle non ?).
Avec un Charles Weinstein qui n'a pas eu le temps de devenir un porc. Un frère. Un proche. Qui à l'adolescence et après lorsqu'il se pochtronait, pleurait systématiquement au final sur cette mère qui l'avait laissé. Inconsolable. Il se baladait depuis ou avant l'arrivée des Allemands avec une cravate avec la faucille et le marteau. Ma mère disait que c'était pourquoi il était allé en camp de concentration.
« Mais Maman, il était Juif ! » Elle restait presque comme sans voix. C'était un gamin de la Grand-mère Lambour.
Ma grand-mère a écrit derrière la photo de ce Charles Weinstein en tout jeune militaire de la guerre de 14-18 : « Décédé en déportation à Ravensbruck, Mort pour la France ». C'est vrai. Et l'a écrit en Français quand dans ses lettres elle écrit toujours en Allemand.
Ce qui est fondateur, c'est la reconnaissance de ce sur quoi est construite cette famille avec des liens de sang, qui ne sont pas que des gros mots. Mais la famille de tous ces gens adoptés et ma grand-mère avec, sorte de famille rapiécée et belle, mais que ses descendants oublieront ou feront comme.
Hugo disait « Dehors, c'est la mer ! ». La plupart de cette famille restera dedans et entre eux, sans comprendre le souffle. Celui d'une vraie liberté en exemple. La généalogie n'aura pas de prise.
Ce dont ma grand-mère avait eu l'habitude, c'était d'avoir une famille bricolée. Avec des faux-parents aimés pour de vrai.
Pour moi la preuve en est de ce que ma mère disait de sa grand-mère Lambour. Appelée ainsi, elle était sa consolatrice quand Marie énervée la prenait comme bouc émissaire. La plus charitable prenait. Elle s'en souvient mais ne lui en voudra pas. Les Lambour avaient l'exacte profil de vrais grands-parents ayant joués le jeu, des recours reposant qu'ils savaient être. Ma mère adorait cette grand-mère, c'était réel.
Elle a d'ailleurs compris en grande partie le secret de sa mère.
Ainsi plus tard elle a su adopter à son tour, pas à moitié. La petite voisine qui ne connaissait pas ses grand-parents et adorait ma mère quand mes neveux lui disaient « C'est pas ta Mamy !! ». La leur.. Ça peut commencer comme ça. Ou cette autre femme de l'immeuble qui vient de perdre sa mère quand elle y emménage. Ma mère ne se remettra pas de ne pas avoir entendu son dernier appel. Elle l'aidait facilement, normalement. Elles échangeaient tellement. Ma mère n'a non plus pris la place de personne, mais elle était là, maternellement. Jamais cela ne lui pesait d'aller accrocher les rideaux, puisque la jeune femme était en fauteuil après avoir été atteinte par la polio. Elle qui se débrouillait comme une chef. A conduire sa voiture aménagée pour se rendre au boulot. Alors à part aller pendre ces rideaux, c'est parler qui comptait entre elles. Plus bavardes l'une que l'autre.
J'ai parlé pour Yves Lecerf de cette rencontre avec un enfant qui était le fils d'une de ses maîtresses. Elle le bassinait pour qu'il fasse une reconnaissance en paternité. Quand il acceptera de faire un test génétique, elle se fâchera tout rouge, rendra tous les cadeaux que Yves avait fait à l'enfant et disparut de la circulation. Elle voulait Yves et son enfant n'était qu'une monnaie d'échange. Quand Yves l'aimait bien, s'y intéressait, n'avait pas tellement envie de connaître la vérité. Il adoptait cet enfant peu à peu. C'était aussi simple.
Les enfants de ma grand-mère se sont tous recroquevillés sur leurs souvenirs d'elle, ce qui est apparemment normal, pour se recroqueviller aussi sur leurs familles plus souvent explosives pour ne pas dire nucléaires. La générosité se serait-elle éteinte après elle ? J'y pense. L'imiter en se trompant entièrement. Faire bien à manger n'était pas son seul talent.
Un jour j'ai imaginé, et me suis mise à y réfléchir, j'ai eu le sentiment que quasiment tous les enfants, aimaient leurs parents adoptifs ou non, mais que l'inverse n'était pas vrai. Les parents n'aiment pas forcément leurs enfants. J'ai pu le vérifier ici ou là, sans en faire une révélation universelle, j'examinais les familles et me donnais souvent raison.
La petite Catherine en colère, la sœur de mon amie de lycée, était prête à tout pour se faire aimer. Elle entrait dans l'adolescence et semblait vouloir se destiner à choisir à peu près n'importe qui lui affirmant d'une manière ou d'une autre qu'il l'avait en affection. Fâchée et naïve, cela ne va pas très bien ensemble. Je ne sais pas ce qu'elle est devenue, mais son histoire me frappait.
La chair de ma chair seule, là il serait question de en même temps.
Adopter c'est pouvoir peut-être s'apercevoir qu'on ne tire les fils de personne, même pas aux gens qui vous appartiennent on dirait. Qu'il va être question d'amour de l'inconnu, de qui vient d'une autre histoire, d'une autre tristesse, d'un autre manque. Pas atavisme dès que vous êtes déçus. Et pourquoi pas de vous-mêmes ? Dans cette famille bourgeoise qui adoptait quatre enfants, c'était comme un signe extérieur de richesse. Dedans c'était un autre programme.

J'avais besoin d'être adoptée, c'est à dire aimée. Je ne sais pas ce qu'en a pensé Yves puisque ça s'est imposé.
Cela voulait dire aussi éduquée, élevée. Ca a matché comme je l'ai déroulé dans ce blog.
Oui j'ai un problème en quelque sorte avec les différences d'âge. Elles comptent. C'est tout à fait personnel et appelons ça autrement puisque ça soulève des questions et que je généralise avant même d'avoir raison. C'est une logique à moi.
Avoir un enfant avec Yves Lecerf aurait été une partie de rigolade comme je ne pouvais l'imaginer. C'est bien possible. Mais pour l'enfant il était presque garanti qu'il ne connaîtrait pas son père si longtemps (au rythme où le maestro malade du cœur avalait des tonnes de merguez bien grasses et de lécher la poêle avec du pain sous mes yeux ébahis). Reproduire au moins mon malheur d'être sans père, assez longtemps, je ne pouvais pas l'imaginer une seconde pour un autre et même le mien. C'est vrai que l'enfant aurait pu être plus insouciant que moi.
Mais aussi, avec un homme de 28 ans mon aîné, j'avais inévitablement des comportements d'enfant. Involontairement mais réellement aussi. Et c'est les apparences qui principalement le disent.
La seule exception que je connaisse, c'est Agatha Christie qui la démontre. Son deuxième mari, l'archéologue aimé (qui fait vieux depuis longtemps, si je peux dire, regardez), a quinze ans de moins qu'elle (elle demandera son avis à tous ces proches, bien décidée à l'adopter), puisqu'elle "est une antiquité" comme elle se moque "pour garder une saine distance avec son génie?". Sur les photos, elle est une mémère heureuse. Enfin, elle n'ajuste rien en restant tout du long une belle femme.


J'y songeais à ces écarts, parce que du côté de mon père ou de ma mère, les générations deviennent confuses et ça n'était pas encore si courant. Pour que Didier Anzieu le note dès le début de son Auto-analyse de Freud. Ce méli-mélo d'oncles qui ont l'âge d'être des cousins. Dans mes familles c'est à peu près comme cela. Mon père avait 14 ans de différence avec sa sœur aînée et ma mère 15 ans de plus que son frère cadet. Et j'ai 13 ans de différence avec mes frères aînés. Et mes grands-parents italiens sont nés au début de la deuxième moitié de XIXe siècle. Une paille et une pagaille plus commune aujourd'hui. Ca reste intéressant, matières à réflexion.
Je n'ai pas eu non plus envie que Yves Lecerf devienne mon meilleur ami. C'était bien autre chose en moi. J'ai eu le sentiment de choisir la meilleure voie. Un coup de foudre d'une autre famille naissante et que nous aurions engendré. J'avais le sentiment d'être au plus juste de moi-même.
La différence d'âge.
Mon ex-mari a deux ans de plus que moi. Déjà j'aimais raconter ou me raconter que quand je naissais il savait lui parler et marcher. Il aurait toujours deux coups d'avance. En même temps nous avions vécus des tas d'événements en différés, mais de peu de temps. Avec une personne de vingt huit ans mon aîné, le différé est massif. Passionnant, enrichissant. Mais pour moi il y a ou a eu des moments de vertige et une forme d'incompréhension. J'aurais du mal de dire plus, là.
De naissance avec les gens des années 40 j'ai automatiquement une relation fraternelle, avec les années 30 je ne suis plus « gosse de vieux ». Je rencontre Yves quand j'ai 26 ans, j'imagine à peu près, mieux, les 28 ans qu'il avait à ma naissance. Ce que cela suppose de maturité et aussi la jeunesse qui est bien là. Mes parents des années 20 sont bien moins insouciants. Plus fatigués.
Les années empilées font les savoirs, les vécus, les espoirs, les malheurs, bien différents. Je ne comprends pas très bien quand la plupart des gens, et que je connais, qui prétendent que c'est « pareil », pas important, une vue de l'esprit. Même Gérard Miller pourtant psychanalyste et prétend que ça n'est pas le plus important. D'accord, mais pas le moins non plus. Bien sûr qu'on peut échanger à tout âge, mais ça nous raconte de toutes les manières. Anodin ? Je n'y crois pas. C'est presque une question d'histoire de France.
Je n'ai pas une réponse puisque je ne suis pas au clair non plus avec cette histoire-là. C'est compliqué. Mais le temps passe, toujours. Et cela peut devenir effrayant, pour ceux qui connaissent déjà la mort et ne l'aiment pas.
Je n'avais pas envie non plus de voir Yves Lecerf s'écrouler devant moi. Et je n'avais pas envie non plus de le partager.
"Beaucoup de gens ne veulent pas de la liberté, parce que la liberté suppose la responsabilité, et la plupart des gens sont effrayés par la responsabilité." Sigmund FREUD

L'adoption, c'est à deux qu'il faut y croire. C'est un contrat plus visible que celui implicite qui nous lie à notre naissance. J'ai bien compris et mieux après leur mort à mes parents, qu'ils m'avaient adoptée et moi aussi. Mes génétiques avec la distance qui nous distinguait.
Personne n'a de distinction en matière d'éducation. Adopter pour moi c'est juste un bon point de départ. Comme si on pouvait ainsi essayer de nous détacher de l'appropriation. Et être plus près du sentiment. C'est assumer une certaine modestie. Cette liberté d'aimer, par choix et pas parce que cela devait arriver. Il y a de la décision et c'est bien. Les biologiques se reposent trop souvent sur leurs lauriers.
Ma grand-mère m'a dit un jour « Je vais rejoindre le Paul.. ». Lui c'était son préféré, l'amour de sa vie, son homme. J'ai eu un peu l'impression d'être sacrifiée, mais à l'amour, alors. Je me tais. Elle est morte peu de temps après. De rien. D'aucune maladie. « Un cœur fatigué ».
Mes parents se sont inquiétés que je ne pleure pas. Mais si elle m'avait prévenu. Et ils n'auraient jamais pensé à des "souvenirs inventés" eux, qu'il s'agisse d'un rêve ou de la réalité. Tu parles ! En bons parents.
L'adoption ça demande un effort, c'est du boulot. Donner de son temps pour des inconnus.
Ceux que l'on adopte le plus facilement maintenant c'est les chiens ou les chats, les animaux, en vogue, à qui on découvre une âme. On a oublié le reste il me semble.
Les animaux s'occupent chacun de leur espèce, même reliés à tout. Nous on va imaginer tout réguler, ça change, en prédateurs rompus. Ca peut faire diversion quand aux problèmes humains. Les abeilles se multiplieront peut-être aussi parce qu'on aura retrouvé tout de notre vie. Le passé, le présent, l'avenir. On ne fait rien sans les uns et les autres. Et quand certains enrôlés dans le bouddhisme franco-français parlent de "vivre l'instant présent". Le présent qui n'existe presque pas, façonné de passé et d'avenir.
Les enfants du baby-boom ont à présent des réponses à donner en matière de famille, leurs vieux puisque l'espérance de vie se partage mieux. Jusque-là c'est pas brillant. Beaucoup d'entre-eux sont restés des gamins égoïstes.

mercredi 23 mai 2018

LA MORT DANS UN PARKING

[Dans un recueil de colères j'ai écrit ce texte qui essaye de tout rapporter.]





« Je me suis assis... J'ai fermé les yeux - comme ça - et je pense : Ceux qui vivront cent, deux cents ans après nous — et pour qui nous déblayons maintenant le chemin — se souviendront-ils seulement de nous ? » Anton Tchekhov (1860-1904)




Le vieil homme est allongé mort dans la grisaille, au creux d'une sorte d'abandon d'un lieu-dit froid comme le sont tous les parkings. Hostiles. Leur tristesse, leur désolation, la menace rampante. Voici le coeur qui lâche, je le sais, en connais parfaitement le mécanisme... et c'est facile. Une horlogerie de la douleur. Un truc qui se reproduit tous les vingt ans et qui m'assomme. Moi qui reste aussi courageuse qu'idiote.
Ça va être encore de ma faute... voilà la mécanique principale qui voit le jour et qui s'essaye à ne pas pleurer. Vouloir être importante même là ? Narcisse observant les dégâts, pour une fois qu'il regarderait autre chose que lui-même. Parce que j'imagine qu'on a toujours notre part dans la mort de tous ces proches qui s'en vont. Et sans vouloir essayer de penser qu'il suffit de se flageller pour y échapper. On y est.
Je n'étais pas là à ce moment-là.
Tout réside dans ce souhait de parvenir à la dompter la mort où comme au cirque et elle serait un tigre-serpent qui à la fin saluerait et disparaîtrait. Un être hybride qui sera justement le clou du spectacle. Quand la mort n'existera pas autrement que grimée. C'est pas le temps ! Elle regarde toujours en biais et ricane puisqu'elle tient aussi de la hyène et se tait comme les vautours observant ceux qui se battent encore, et de qui ils vont se nourrir, eux, bientôt. Après. Regard amusé de ces oiseaux toujours plus ou moins décharnés.
Je le voulais immortel mon ami, Yves Lecerf, le mort de l'histoire. Et je ne tenais pas tant que cela à croiser encore cette mort contre laquelle on est toujours perdant. Au casino de celle-ci, c'est l'absence qui emporte toujours la mise, comme dans tous les lieux de jeu d'ailleurs. La chance ça n'existe pas en la matière. Elle lui a fait ça.
Yves Lecerf, le chef du département d'Informatique de Paris-8, l'ancien Normalien et Polytechnicien, l'un des fondateurs de l'Association de Défense des Familles et de l'Individu (ADEFI) qui lutte et récupère les membres de sectes et qui souhaiteraient en échapper, l'un des précurseurs de la traduction automatique des langues qu'il lâche, celui qui fera aussi les premiers calculs concernant les centrales nucléaires qu'il considérait comme ses « bébés », le membre de cabinet ministériel à l'époque de Georges Pompidou il me semble, l'auteur, l'ami de Robert Jaulin et de Michel de Certeau, le professeur qui gît-là dans un des sinistres parkings de l'université de Saint-Denis, au bord d'une nationale et dans un désert aussi silencieux.
Avec pourtant ce bruit de fond permanent, celui de l'énorme ville, une capitale qui gronde toujours et contre toute éternité.
Dans ce truc comme en friche qu'est encore à cette époque la fameuse université Saint-Denis - Vincennes, Paris-8. Et malgré les grand travaux qui s'y opèrent depuis longtemps, défaisant peu à peu le provisoire durable du préfabriqué, l'université s'installe dans le 93 en département jugé malcommode. François Mitterrand lui-même vient inaugurer la plus grande bibliothèque universitaire de France. Je ne l'ai vu que dans la fan zone... trop de monde.
Paris-8 est son fief à l'homme mort dans le parking. Il me l'a appris, mais pas parlé de cet enlèvement d'une mort prévue.
La sournoise maladie des coeurs qui si elle ne se voit pas, s'acharne.
Là gît la coque vide d'une âme désespérée, d'un jeune homme de 64 ans qui avait prédit sa propre mort, son suicide cosmique.
"Avant l'accomplissement", le dernier hexagramme du Yi-King, le sien, sa mort annoncée. Il ne manquait plus que ça !
Et tu te serais décidé à te laisser mourir en appelant ces forces du coeur justement et qu'elles s'arrêtent ? Tu me l'avais bien caché puisque tout le monde semblait être au courant, sinon moi, comme le disent les femmes trompées.
J'ai du pourtant le deviner, je devais le savoir et c'est toi que je disputais à l'époque au bout du téléphone. Quand je m'agite en manie, qu'elle gronde bien malgré moi, c'est que j'ai compris que quelque chose de grave adviendra, la chute du mur ou celle de Yves dans ce parking. Et devenue libellule empêchée et effrayée, frappée de noir, je sombre dans un oubli de folie, ma bonne excuse.
C'est ainsi comme si dans l'au-delà tu y étais déjà, comme s'il fallait que je me débarrasse de toi, avant l'heure. Je n'ai jamais ignoré les silences. Sauf qu'ils finiront toujours par me terroriser.
Toutes ces morts puisque c'est encore de ma faute dont-il s'agit. Fâchée avec mon père le temps d'une soirée, mais la veille de sa mort, pour inventer autre chose que l'ignorance et des mots que personne ne dira. Mais la culpabilité ne m'a pas été enseignée et cela aide.
La manie, encore elle on dirait, m'avait décidée avant de quitter ce Département d'Informatique où je ne voulais plus travailler, une possible carrière que je fuis chaque fois, à écrire à la fin des petits-mots à chacun des professeurs. Des trucs idiots, des billets, mes oracles un peu bêtes pour un départ définitif. Et ces mots imbéciles envoyés rendaient mon départ bien plus définitif qu'il n'était possible, la folie ou mieux le ridicule imposent leurs barrières. Me rendre idiote en croyant ainsi ne rien sentir. Comme si ça se voulait sans retour. Peut-être était-ce cela que disait mon ami, Yves devant qui ils se gaussaient à plaisir, quand il parlait de ma manie de « scier la banche sur laquelle j'étais assise ».
Ça n'est pas la peur qui me fait fuir ainsi, mais plus souvent emmêlée à elle la déception, qui s'insinue en tout ce que je vis. L'idéaliste la connaît bien.
Il s'inquiétait pour moi, aurait aimé me savoir en sécurité. Las... Sachant qu'il allait mourir ? Je n'ai pu lui prouver comme la vie le dira, que j'étais plus débrouillarde que mes peurs.
Bien sûr qu'évidement je ne suis pas à l'origine de tous les arrêts cardiaques que je croise. Ça va mal. Au moins je le sais.
Et j'apprends l'histoire seulement après sa mort, cette histoire idiote de l'hexagramme. Qu'est-ce que disent ces femmes imbéciles qui m'ont confié leur secret après, comme extasiées ? Waouh ! ça marchait les âneries de grand-gourou ! Une idiotie qu'il ne s'est pas dépêché de me conter, pourtant il m'en avait bien imaginé d'autres d'histoires biscornues. Pas celle-là.
Qu'est-ce qui l'avait décidé à y croire ainsi ? Et s'il n'a pas osé m'en parler, comme si j'allais casser sa prévision, sa baraque de foire, illusionniste devant de fausses naïves. Comme si j'allais gueuler encore plus fort contre des idées aussi saugrenues, contre ce si terrible vertige de mort, ce présage institué.
Pas là. Il aurait osé s'écrouler ainsi devant moi ?


Je l'avais cherché cet homme et reconnu et trouvé. A la fin je n'allais plus au cours du jeudi, son rendez-vous amoureux avec les étudiants qu'il invitait ensuite à boire dans les cafés du coin, plus tard au restaurant chinois jusque loin dans la nuit. Inquiet de ne bientôt plus pouvoir payer sa tournée. Et là encore, et s'il n'y mettait pas le prix, personne ne viendrait vers lui. Ça il le croyait aussi dur comme fer, autant qu'à son ésotérisme de bazar. Je pensais avoir été assez explicite et je m'étais trompée. Il avait lui aussi besoin de beaucoup trop de mots.
J'avais tant d'amour pour lui, jusqu'à me décider adoptée, croire que j'avais du temps, croire qu'elle ne gagnera pas cette fois encore. Pas si tôt. Pas si seul.
Il me donne rendez-vous deux fois rapprochées peu de temps avant sa mort, dans un café à côté de la gare du Nord, près du Boulevard Magenta où j'habite alors dans une chambre de bonne à l’oeil. Dernières visites et s'il n'y avait pas pensé...
Pas me dire au revoir ? Impensable à y regarder de près. Partie nulle.
Qu'est-ce que je serai devenue sinon ? Et pourtant c'est aussi cruel puisqu'il semblait savoir déjà. Il m'a tu tant de choses et je l'ai laissé faire. Il ne s'agissait pas de mensonges, alors j'avais le temps. A ce point-là j'aurais du me méfier. Mais rien de tout ça n'était d'un ordre que j'aurais pu comprendre et accepter. Non c'était pas du jeu.
Ces deux visites, c'était décider de me faire échapper à la culpabilité oui. Elle fausse tant les jugements. C'était un ingénieur issu de l'école Polytechnique. Changer un joint ne lui était pas aussi difficile. L'ingénieux menteur, et aurait-il pu ignorer qu'à chacun des rendez-vous qu'il me donnerait, je serai toujours là ? Deux fois. Présente. A la troisième non. On rigole avec des preuves dont nous ne cessons d'avoir besoin, l'un comme l'autre. De la peine il ne se doutait pas, c'est sûr. Comment le remercier ? Il ne se trouvait pas indispensable non plus.
« La Toune (c'est moi) a déjà essayé de se suicider ? » Je le regarde mi-figue mi-amusée. Il me préfère plutôt folle que morte. De quoi a-t-il peur ?
De si doux moments, sans que je sache qu'il me faisait ses adieux. Et quelque chose me laissait perplexe pourtant. Dans la brasserie où nous étions, ces moments furent si savoureux, que je me disais simplement « ...qu'est-ce qu'on s'aime... » et en être joyeuse. Les meilleurs qui partent en premier. D'accord... Bis repetita.
Il me dépose aux Champs-Élysées. « Reste Toune, allez viens avec moi... »
Je rigole forcément encore en sortant de la voiture et ça s'appelle l'éternité à ce moment-là, précisément. J'ai toujours fui la mort, alors c'est comme si j'en étais tout autant coupable, plus, malgré tout. Et de toute façon quand les gens sont morts, on arrive forcément en retard. La disparition a toujours une longueur d'avance sur tout le monde. Personne n'en est le premier averti, sinon le mort. Est-ce que j'aurais pu le sauver dans le parking où il s'est écroulé ? Le géant blessé au coeur de minot. L'homme le plus fervent que j'aie rencontré. Le plus original, le meilleur.
Quand je le trouvais, je passais des jours avec lui, camouflée en secrétaire jusqu'à ce que nous prenions une autre direction.
Un homme aussi étrange au début, avec des regards qui me faisaient peur, un doute furieux qui brillait ou l'éteignait. Quelque chose de monstrueux et dont la douleur n'était pas tarie. Mais se transforma à notre contact. Il redevenait bon et humain, sa base d'envol, perplexe et l'ayant refusé, c'est une telle torture d'aimer.
Au début, il m'emportait à tous ses rendez-vous façon mascotte. Souvent il s'endormait dans la voiture. « J'ai besoin de me reposer un moment... » Une vieille Peugeot décapotable au toit ouvrant à moitié déchiré qui protégeait à peine de la pluie. Il en avait d'ailleurs trois identiques et en aussi piteux état. Il aimait la nuit ou elle le terrorisait, il y travaillait au moins dans son coeur. Son sommeil était tremblant, tressaillant comme s'il ne pouvait jamais réellement se reposer. Comme s'il criait même au-dedans ou surtout.
J'attendais silencieuse et étonnée dans une rue de Paris où il s'était arrêté pour s'assoupir quelques instants. Récupérer ce que la peur lui a ôté, dans les bruitages de la ville. J'avais une peur aussi perceptible que toutes mes interrogations. Je connaissais à peine cet homme dont je surveillais le sommeil. Envie de partir, de trouille aussi. Il est dingue ? Il inquiétait au moins.
Tu m'as ramené ce soir-là tout près de chez moi, d'un tour en voiture, comme j'aime, comme ça me fait des souvenirs et m'en rend de très anciens. Un père me conduit.
"Tu vis avec quelqu'un ?
- Oui.
- Et tu l'aimes ?
- Oui."
Questionnée sans cesse par la disparition de mon père, je rencontrais cet homme qui avait justement l'âge idéal de l'être (ses années 30 quand mon père était de 1920, « gosse de vieux » on disait alors). La preuve en était puisqu'il avait deux filles exactement du même âge que ma soeur et moi. Pareil, mathématique déjà. J'étais la benjamine encore. Et il n'avait pas revu ses filles depuis 1975, l'année de la mort de mon père, lui depuis un procès retentissant. Agé de 55 ans par ailleurs presque quand je l'ai rencontré, âge critique de la mort de mon père. L'heure dite.
Croyez-moi j'ai depuis si longtemps inventé ce calcul mental permanent et qui heureusement aussi m'amuse et finit en si compliqué. Insensé.
Je le sauverai celui-là, comme on s'accroche à toutes les coïncidences qui font que l'on aime quelqu'un. Il tiendra presque dix ans.
Nous vivions une sorte de rencontre forcée, qui s'élargira jusqu'à la belle amitié d'une fine équipe. Cette filiation inventée, vécue et par qui et dure encore, en moi. Exactement ex-æquo avec mon paternel. Ça n'est pas rien de le dire, rien de plus que ce qui fût et restera. L'homme qui m'a portée. A chercher aussi du côté de l'ergot de seigle pour supporter ma folie. Et qu'il m'aime pendant dix ans, c'est bien ainsi, c'est gagné sur le temps justement, sur la mort bien sûr. Sur la souffrance. Plus malade pendant vingt ans à partir du top de départ de sa fin.
« Malheur souhaite rencontrer un autre malheur et aussi grave, pareil. »
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Un avis de recherche. Wanted. Adopte un mec point com.
En rire. C'est la condition. Malheureux d'absences, c'était comme allumer un feu de camp et parler jusque tard dans la nuit en mangeant des marshmallows.
Je l'observais silencieusement cet homme fragile, avec peur et affection. La peur disparaîtra, essayera de s'inventer un autre mouvement, à force. L'affection grandira autant, plus à chaque fois. Nous ne nous quitterons plus jamais. Même si je me suis absentée, comme on croit que le port restera éternellement à sa place, à attendre, à m'attendre. Se retrouver.
Ainsi combien de fois lui ai-je demandé, incertaine et perdue, toujours et malgré lui, si il m'avait remarquée quand moi je le voyais pour la première fois. Et un professeur a une dimension visible qui peut le rendre attractif au mieux.
A l'Université d'Orsay, menant le débat ce jour-là, avec maestria, assurance. Et soudain, revenu à la vie civile, devant le buffet dressé pour l'occasion, alors timide, comme effrayé quand je m'adresse à lui. Les deux faces d'un homme d'exception. Le malheur recouvrait tout et je m'en aperçus dès la première fois qu'il m'invita chez lui.
« Est-ce que tu m'as vue ? » telle sera ma constante question. Ou est-ce que j'avais encore construit à moi-seule une histoire qui finalement n'existait peut-être pas au-delà de moi justement ? Il répondait toujours oui à cette question, facétieux, comme on veut que l'autre soit tranquille, mais pas tout à fait.
« C'est la rencontre de deux archétypes... » murmure-t-il quand je suis ce jour-là contre lui. Lesquels ? Je ne sais pas ce qu'il a voulu dire et ne lui en reparlerai pas. C'est déjà joli, comme on ouvre pas certains cadeaux ou trop tard. Il me connaît déjà mieux qu'il ne le dira. Des interrogations laissées en suspens j'en ai encore des millions. Il est Calviniste d'origine et j'ai quelques questions à ce sujet, cette histoire de la « grâce ». Sans vraiment savoir je trouvais déjà ça a priori injuste du peu de ce que j'en comprenais. Et c'était comme si je ne pouvais pas lui demander, me le permettre, pas me tromper de question, surtout si je ne trouvais pas le bon angle et à temps. Je me tais.
Rester dans la question et le partage d'un père-(adoptif). Il y a un temps où on cherche moins à comprendre quelqu'un que d'être avec. A l'évidence nous étions noués. Noués comme des mouchoirs et pour se souvenir.
On n'allait pas ressasser le malheur, comme si nous n'étions faits que de ça. Rien que deux malheureux, pour de rire.
Son appartement ressemblait véritablement à un bunker en désordre absolu, qui montre au moins qu'il en a fait un abri anti-tout. Et j'appris plus tard qu'il fut agressé jusqu'à l'horreur par des sectes et bien sûr la scientologie pour qui il était jugé "suppressif", un de leurs mots baveux. Que faire sinon supprimer les suppressifs justement, puisque c'est prévu d'une manière comme d'une autre dans leur code d'horreur. La Dianétique, leur Mein Kampf. Une pâle histoire de science-fiction inventée par Ron Hubbard pour des gens enracinés principalement dans les terres de l'argent. C'est leur signe de croix. Ils vont jusqu'à l'abomination sans être puni ou rarement. Pas là.
La maison d'Yves, un lieu que j'ai aimé de suite. Il m'emportera au fond comme on est sur une île qui vous appartient en propre et où personne ne viendra à l'improviste. Comme on va déballer un autre cadeau plus confus. Comme on retrouve un doudou intact. Une grotte, un abri sans doute. Un Éden en bazar.
Il donnait avant que je ne le rencontre, un cours sur le sujet des sectes et pendant de nombreuses années. Alors ces gens de chez Moon et autres inventions morbides de l'époque, s'invitaient à son séminaire pour en faire le rapport.
Il était encore comme figé, gelé dans un souvenir atroce et merveilleux à la fois, presque entièrement cassé par le départ de sa femme, tête pensante de la secte avec son complice le pape Jean. Embobinant ses propres enfants. Livrant ses filles, brutalisant le fils, les enfants de Yves Lecerf. Rien que ça.. Quelle vendetta en elle ?

[Dans les contes de Grimm, très souvent, la marâtre n'est pas forcément la belle-mère comme on le pense, mais plus souvent la mère, la biologique. On trouve de ces marâtres-mères et elles veulent, elles décident d'envoyer leurs enfants dans le bois comme dans Hansel et Gretel. C'est elles qui en ont l'idée et pas la pauvreté seule. Le meilleur exemple étant l'histoire de la femme du Pécheur, qui n'a même pas d'enfant d'ailleurs, et qui dit clairement celle-là que ça n'est pas son affaire. Elle veut grimper. Châtelaine, reine et bientôt papesse. Et après ? A vos manuels des frères Grimm, elle y est La femme du Pécheur. Elle existe et c'est une torture pour chaque enfant de telles femmes quand elles en ont. Elles torturent leurs mômes ces Muttis là, en jouissent. Après, se voulant à l'égale de Dieu et le remplacer aussi facilement que de devenir la reine du monde. La fin mirifique de cette femme du pécheur, on l'espère. Elle se retrouve dans sa cabane, comme au début... Une cabane en bois, bois de sapin dans lequel se retrouvent à la fin même les plus riches, même les plus importantes, les plus ambitieuses.]

Dans un cauchemar récurrent, la femme d'Yves Lecerf entraîne tout avec elle. Sorte de Médée. Comme on retire l'amour, comme on veut casser du père, pour se perdre éternellement dans une invention hideuse, sur le dos d'un mec pauvre, Jésus, celui qui se baladait en sandalettes comme ils l'oublient toujours. Civitas ou les frères Melchior. Ce Yeshoua, c'est son prénom pas trafiqué, et qu'ils ont empaillé dans un de leurs châteaux. Eux contre lesquels Yves Lecerf qu'ils crucifient et se battra en vain.
Devinez pourquoi ? Pourquoi les attentats ? Pourquoi oui la Loi de 1905 et pourquoi non la Loi de 1905 ?
Liberté de culte ?! Dans les années 70, n'importe quel débile invente des trucs comme des draps ensanglantés qui sortent de la machine à laver – Houdini lui-même n'y avait pas pensé – et c'est la liberté d'inventer du vaudou sur fond d'orgies sexuelles. Liberté de cultes vous dis-je.
Et heureusement l'un des premiers contrats des anonymous concerne la Scientologie et ne lâchent pas ? Interrogez-vous, même aujourd'hui.
De fausses croyances criminelles circulent et elles en ont le droit. C'est dans les années 1990 que les choses ont commencées à changer en France au moins et avec le Rapport Vivien qui expliquait les sectes et leurs pièges. Donnant des moyens pour empêcher certaines dérives constatées. Dans d'autres pays d'Europe ils peuvent être encore laxistes, en fête regrettable d'un communautarisme qui exclut toutes et tous, et respectant le mot Eglise même sur fond d'hérésie comme en Espagne. Cependant que la flotte de la Sea Org, celle du créateur de la scientologie, devient une autre nécessité : échapper au fisc et aux moeurs sûrement, puisque malgré tout un certain nombre de pays essayent de la démasquer cette secte, comme une tentacule plus dangereuse et à tous les étages. Aux États-Unis ou en Espagne, elle est considérée comme une religion légale. On joue perdant. Mais des gens se battent qui pour certains ont vécus, y sont même nés dans la secte pour beaucoup. Basculer puisqu'ils sont trompés depuis le début. Des enfants deviennent suppressifs pour leurs parents. Ou l'inverse.
Voler, violer, briser, sur fond de signes de croix, de coeurs sanglants et d'annonces. Tordre le Texte de référence bien autrement jusqu'au pire, renversement de valeurs comme au marché de certains satanistes. Tous ces livres qu'ils se refusent à lire, Ancien, Nouveau ou Dernier Testament.
Quand Ron Hubbard invente le texte fondateur, La Dianétique, c'est encore le mieux. Rien pour vous contrarier. Un blouguiboulga de meneurs inventifs. Ou les inepties de Claude Vorilhon devenu Raël, passeur de relations inter-galactiques et attendant auprès des anges, c'est à dire de femmes élues qui les servent forcément.
Femmes qui servent autant au pape Jean de la secte des Trois Saint-Coeur, celle de la femme d'Yves Lecerf qui concerne mon ami. Trois frères en rois de l’esbroufe, des chimistes avides et des magiciens du chantage qui remportent toutes les mises. Le chef a de l'ascendant pour le moins et comme d'habitude. Le paradis des Vierges sur terre n'appartient pas aux seuls Musulmans. Pas moins pas plus que Daech. Pas autrement.
Pas contre cette loi de 1905 soit, mais elle a les moyens d'obliger à respecter des monstres comme on le voit aujourd'hui, quand Yves Lecerf était martyrisé hier, sans qu'on le veuille le savoir, sans qu'on l'écoute (Les marchands de Dieu. Analyse socio-politique de l'affaire Melchior (Trois Saints Coeur) Ed. Complexe 1975).
Alors oui on a pris cependant depuis quelques mesures à propos de ces sectes. C'est heureux et sera un soulagement notable, pour Yves aussi au-delà. Même certains scientologues sont tombés depuis, ont pour certains remboursés leur dette.
Yves Lecerf n'a pas cessé d'imaginer les moyens d'y échapper au sectarisme, pas lui seul. Il agaçait son monde à demander à chaque étudiant qui rendrait un travail, Master 1 ou 2, un lexique. Sans bien l'expliquer d'ailleurs. C'était la preuve à l'oeuvre que ce lexique ne serait jamais le même pour tous, que nous le façonnions chacun. Pas un mot dont nous n'ayons pas une définition propre qui restera nuancée. Heureusement. Pas un dictionnaire qui eut raison définitivement. La nique aux immortels. Un préalable qui se prouvait à chaque fois que nous acceptions d'y avoir affaire, car on est tous à si facilement oublier que personne n'a raison.
Un bel exemple que j'ai vécu, c'est dans un HP où je me baguenaudais encore une fois, nous patients avons joué au jeu de donner la définition d'une mot, s'imaginer en dictionnaire. Je jouais le jeu jusqu'à presque en donner la phonétique. Pendant qu'une autre fille hospitalisée fit un coq à l'âne qui la conduisit à nous parler de son anorexie. Définition large d'un mot qui n'avait pas pour nous ce rapport là. On peut faire de grands écarts avec certains mots.
Et je n'ai compris cette question qu'en travaillant à mon mémoire. Je l'ai fait ce lexique et je l'ai compris comme une idée passionnante.
Perdant ou gagnant, Yves ne reverra jamais plus ses filles. La douloureuse payée cash avec des arriérés.
La scientologie, cet autre monstre sans tête ou cette hydre déterminée, le vit en ennemi aussi décidé et n'avait rien à perdre puisqu'il était au désert. Ses membres déposaient des lettres d'insultes le concernant dans les boîtes au lettres de tous ses voisins, et autres intimidations si violentes contre lesquelles on ne pouvait pas grand chose. Il n'osait pas tout raconter et j'avais peur de certaines questions que je ne posais pas. Au début j'étais effrayée quand j'arrivais chez lui à l'idée d'y croiser l'un ou l'autre de ces Adeptes.
Ils finirent par laisser tomber, laissant cet homme effrayé, abîmé, désolé.
Il travaille alors après assez logiquement sur la rumeur et combien il est impossible de s'en prémunir. Désamorcer une rumeur est aussi définitif, précis que de déminer. Le coeur battant qu'on essaye de dominer et jusqu'à croire pouvoir se dominer. Tomber de détresse.
Il avait ajouté dans son appartement, des portes aux portes, comme s'il avait eu besoin de plus de protection encore que sa porte blindée. Comme s'ils l'avaient harcelés jusqu'à son palier, sa seule sortie de secours. Jamais tranquille. Il dormait mal et semblait souffrir quand il y parvenait. En proie aux cauchemars comme on n'est jamais tranquille. Le repos il avait oublié ce que c'était. Au moins absent un moment, pas seul, alors que tout vit autour de lui, garé à Sèvres-Babylone ou ailleurs.
On ne s'est pas apitoyés pour autant, parfois pour de rire puisque c'était de toute manière toujours trop. Le procès de 1975 et d'autres avant et après, étaient partout dans la maison. C'est eux qui faisaient peur et à Yves aussi. Des dossiers et des dossiers dans toutes les pièces, des bibliothèques de témoignages, faux pour certains et atroces, jusque dans les couloirs, jusqu'à l'obsession, la hantise. C'était oppressant, insupportable.
Un jour, Yves en voyage aux États-Unis me laisse son appartement. Je le connaissais depuis seulement quelques mois.
J'aurais pu croire que cet endroit me ferait peur, et c'était bien le cas par moment et en son absence. Mais pas principalement. Sinon je ne serais pas restée. Je me demandais pourtant au début dans quelle galère j'étais embarquée. Est-ce que je passerai mon temps à le regarder souffrir, ne pipant mots ? Il y avait cependant des traces encore, des empreintes partout qui disaient déjà l'avenir, et sans que je l'entende encore étant devenue le dernier cri de l'écho. Mais il y aurait aussi la paix et un profond sentiment de sécurité qu'éveilla cet homme-là en moi. J'ignorais quel sens j'avais pour lui.
A force de fabriquer des histoires, elles existent, mais sont-elles des preuves ?
Alors chez lui j'ouvre les boites d'archives, pleine de la fascination que tout cela exerce sur moi. Sur tous d'ailleurs, mais comme un lâche abandon généralisé. C'était trop messieurs mesdames ?
J'ai bien compris à une époque que j'étais regardée bizarrement. Était-ce parce que j'étais là, à ses côtés ? Et combien s'y étaient essayé(e)s avant moi. Les filles d'ethnologie m'interrogeaient comme si je possédais un secret. Je n'avais pas les mots ou peur de trahir quelque chose que je ne comprenais pas encore très bien moi-même. Alors je bredouillais comme quand c'est le cas. Leur intérêt pour moi concernait Yves surtout. J'avais passé le gué on aurait dit, mais lequel ?
« Je vous ai toujours sentie bien malgré moi comme une rivale... » me dit la dernière amoureuse de la vie d'Yves Lecerf. Pas moi. On ne jouait pas dans la même cour, alors rivalité. C'est ce que j'ai répondu. Je n'ai d'ailleurs compris que très tard qu'ils étaient ensemble, qu'elle attendait dans la voiture quand il me visitait chaque jour presque à la Salpêtrière en 1992, là où j'étais hospitalisée en toute folie. Quand j'étais méchante avec lui parfois. Et le regrettais.
La seule rivale pour moi étant Isabelle, cette femme de mon ami, entêtante ou hantise.
Me retrouver seule dans cet appartement de Saint-Cloud où il vivait, c'était comme croire un temps être chez Barbe-Bleue. Alors qu'il s'agissait du Marsupilami le plus désolé, au désespoir si intense d'absolu. A l'agonie, comme quand on a le coeur aussi gros. Alors qu'il s'agissait de l'inverse. C'est Barbe-Bleue qui lui avait tout pris.
Il était encore au dedans du Procès en permanence et toutes ces saloperies qu'il y avait entendues alors et entendait encore, le laissant plus perdant, plus humilié.
L'incompréhension c'était ce qui dominait. Presque dix ans plus tard, à la fin, il descendra ces archives dans la cave et je l'y aiderai. Son fils aussi.
Il me racontait combien cette année là 1986 était particulière : perdre sa mère (et quel amour l'animait quand il parlait d'elle), retrouver son fils (heureux, dérouté, effrayé aussi), faire le premier congrès sur l'ethnométhodologie (sa marotte, son espoir). Et me rencontrer, comme une autre coïncidence.

Il travaillait sur la vérité, et s'en chasser comme on quitte un Eden morbide, en ausculter les recoins obscurs pour prouver que finalement elle n'existe pas ou seulement provisoirement, seulement entachée par tous nos liens.
Elle l'avait rattrapée, comme on découvre un jeu de mort. Les 64 hexagrammes maudits pour toujours. Un jeu de dupe pour moi et fallait-il le démontrer ?
Après avoir construit des modèles d'adeptes de sectes dans son laboratoire, il voulait trouver la parade, passer à l'offensive encore autrement que de montrer des marionnettes qui parleraient à des marionnettes.
Trouver le moyen de déjouer le piège de la raison, de la science et des raisonnements spécieux qui laissaient eux aussi entrer des monstres en nous. Ne plus se laisser éblouir par celui qui prétendrait la détenir, la vérité. Et en user, en abuser forcément. Tordre la réalité que nous inventons tous, chacun, sans que l'un ou l'autre aient jamais forcément raison. Et comment ça marchait partout de croire qu'on a même mathématiquement raison. Contrarier l'objectivité qu'ils ont à la bouche.
Alors il donnait évidement définitivement tort à l'intelligence artificielle – après en avoir été un des chefs, de ses balbutiements européens, à Rome, et autour du thème de la traduction automatique des langues – un autre de ses gros soucis.
Cette défense qu'il décidait de jouer était elle aussi liée encore à l'enlèvement, à la secte et comment ne pas se laisser piéger dans cet absolu du vil.
« Et te rencontrer... » Il m'était pourtant impossible d'y croire. Mai contenta ! Alors mes questions, d'où l'idée fixe, de savoir si cette vraie histoire que nous vivions n'avait été que ma seule construction. M'accaparant l'amour si effrayée de ne jamais y croire tout à fait, pour ce qui concerne l'autre en face.
Parfois dans les cafés ou les restaurants, il s'allongeait sur la banquette, se tenait finalement fort mal et je restais perdue d'interrogations. Un autre signe pourtant seulement de son épuisement. Et bien sûr de son indifférence à la bienséance qui lui avait jouée tant de mauvais tours.
Je crois que finalement aussi il s'est redressé, sans pouvoir échapper à la peur. Je m'interrogerai constamment sur le fait que je ne saurai jamais comment était Yves Lecerf avant sa brûlure, avant l'effondrement.
« Dis donc avec M. la transmission de pensée marche plutôt bien... (J'invente un peu pour le faire maronner)
- Quoi ?! Quoi !? Et moi... »
Il tire les dés faussement nerveux, sa manière de jeter les pièces ou les baguettes du Yi-King. « Non, décidément... » Il essaye encore. Non, décidément non. Qu'est-ce qu'il espérait ? Me parler depuis sa mort éternelle ? Qu'il n'y compte pas. Aucun. Aucun d'entre eux, ni revenu d'aucune manière et pas faute de l'avoir imaginé. Personne ne revient de là et aucun signe de nous frappera jamais.
C'est nous qui fabriquons l'éternité, mais pas celle imaginée par Bill Gates, Mark Zuckerberg et consorts. Les plateaux de oui-ja peuvent déborder d'esprits frappeurs, c'est rien que des inventions souvent imbéciles pour passer le temps.
C'est ce que certains cherchent à dire encore quand ils pensent qu'il vaut mieux voir les gens morts pour de vrai. Ça aiderait soi-disant... Mais cette véritable face bistre, ce truc qu'on ne pourra jamais bien maquiller puisque ça n'aura plus jamais de mouvement, et n'est pas du tout étonnant. Pas éclairant c'est sûr. C'est bien comme ça que je les avais déjà vus dans ma tête, gris et morts. Sans vie et c'est terrible. Un moment oui, un instant non. A la seconde près.
La mort inscrite m'est insupportable, ne me dit rien. Je le sais puisqu'il n'est pas le premier, pas en tête de liste de cet affrontement-là. On n'est pas tous à la fréquenter autant. Mon insouciance – sinon mon rire – s'est dissoute il y a bien longtemps. On a plus de devoir quand la mort vous a frappé ainsi, même si sa cruauté reste incommunicable. Même si on se croit chargé de prévenir l'imprévisible et l'innommable.
Il comptait sur quoi ? M'envoyer des flashs ? Il savait pourtant bien qu'il ne fallait pas y compter. Je le vois. Ça bat et ça s'arrête. Ça bat et ça s'arrête. Ça s'arrête. Ça s'arrête.
Et on va croire échapper à la mort en silences morbides la concernant ? Quand on écrit au travers, à l'aide d'un filtre qui s'appellerait le style, on avance aussi dénudé, autant. Ce qui continuera forcément à vous étonner. Et vous n'y pourrez rien.
« Il est parti.. ». Non, il est mort.
Mais oui je t'entendrais et continue de répondre. Elle marche la transmission.
Elle vient la musique. A Yves quand dans les derniers temps je la lui fais réécouter, celle qu'il a bannie. Son monstre en écoutait. Le diable a tout pris. J'y reviens de mon côté. Et quand la musique est trop forte, je m'échappe, ange et bête.
Il m'a donné un signal de vie. Pas moins. J'y pense à égalité de cet homme-là avec mon père, comme je sais le faire. Aussi sincèrement et bien plus ancré dans la vie par certains aspects. Peut-être celle d'une parole qui compte autant pour moi. Et mieux forcément parfois que le paternel sous certains rapports, puisqu'il est là lui aussi, que je l'ai questionné même silencieusement. A Yves je lui ai parlé pour de vrai. J'ai vraiment besoin de le redire pour que vous en compreniez le fin mot, puisque j'ai beaucoup discuté avec Yves Lecerf, même s'il était très pris. Épris de guerres aussi.
Et il m'a parlé à son tour.
Il y a tant d'événements depuis que j'aurais aimé partager avec lui. Souvent j'adresse des moments de l'actualité à ceux, de mes morts, qui se sentaient concernés par ci ou ça. J'en discute encore volontiers avec eux, et me heurte au final à mon soliloque.
Seule sur mon île – et il ne s'agit pas d'une métaphore – je regarde et me sens impressionnée au-delà par ces 360° impossibles et qui font comme on est lové. Au dedans, au dehors.

Poésie Vaincra ! Et vaincra contre tout les crimes et c'est ta vérité.
C'est ce que je souhaite te dire principalement. Tu en es le père.
Mon père d'arme.



vendredi 4 mai 2018

« ET N'OUBLIE PAS D'OÙ TU VIENS »

"En d'autres termes, l'oppression et l'exploitation ne sont jamais en tant que telles, le véritable motif du ressentiment ; la richesse sans fonction apparente est beaucoup plus intolérable, parce que personne ne comprend pourquoi on devrait la tolérer."
Hannah ARENDT Les origines du totalitarisme SUR L'ANTISEMITISME


J'aimerais parfois connaître ce qui décide de certains mots et précisément quand on a commencé à les employer comme ça, en mantras. Pour finir en refrains de plateaux télé.
Alors c'est quoi l'élite (Df. : groupe de la population qui a une place en haut d'une hiérarchie ?) ? Quelle hiérarchie ? Ça dépend.
Mots qui deviennent au goût du jour. « Les Français se méfient de leurs élites »... présenté comme ça. Méchanceté du peuple quand on a l'impression d'être des clowns.
Vous n'imaginez pas, être les exclus désignés, décortiqués par ceux qui sont sensés essayer de comprendre quelque chose au tour de la vie. Experts comme jamais menacés et c'est ce qui se voit d'abord (mais qui les aura le plus menacé, De Gaulle ou Bolloré ? On penche entre censure et autocensure). Comprendre aussi pour nous comme ils le supposent. Se penchant sur des graphes, des courbes et quelques algorithmes. Le zoo du monde. Nous on regarde, on nous le laisse à peu près. Et dans ma tour d'ivoire je suis barricadée. Un jour je partirai. Quand ? Je n'attendrai pas le retour de l'ulcère à l'estomac de ma mère qu'elle datait des bombardements sous lesquels elle a été à la fin de l'adolescence à Kaiserslautern dont le centre ville où elle était en travailleuse obligée, ce centre entièrement dévasté. Là était pour le moins une véritable question de vie et de mort. Et de courage.
J'irai là où les gens auront besoin d'autre chose que de vos projets toujours monnayables. Restez sur vos tas d'ors, c'est là-haut qu'il fait meilleur pour vous. Fumier de Rolex.
Nous, « les Français »..
Alors on nous dirait d'une autre planète depuis laquelle on est observé. Et bernés en direct. C'est à peu près ça. Comme s'ils faisaient une sorte d'expérience de loin et qu'ils s'étonnaient qu'elle tourne ainsi. Chimistes à la petite semaine. Le dégagisme, comme si vous l'aviez aussi fabriqué. Ensemble et en haut.
Alors deux mots me bottent ainsi principalement et qui depuis un moment, me chauffent. Cet élite et aussi ce qu'ils nous font miroiter : le ruissellement.. Deux éléments-de-langage actuels et annoncés. Deux attrape-nigauds comme si on y croyait, se laisser enfumer comme par des rivières de diamants. Le ministère de la justice jouxte le Ritz qui jouxte Cartier. Chaque fois que j'y passe me vient : ça ira! ça ira! Pour le moment. 
Gainsbourg brûle le billet de 500 francs dans la gravité mais a payé ses impôts en France


Des bonnes idées et cet argent qui nous viendraient forcément depuis la générosité innée des patrons. Puisque c'est ainsi depuis toujours, depuis la révolution industrielle notamment, depuis que les patrons ne songent bien sûr qu'au bonheur de leurs ouvriers. Tous plus attentifs, plus pressés de faire redescendre l'argent jusqu'à ceux qui le gagnent à leur sueur, qui les servent en mode anciens serfs qui se doivent de le rester. Chacun sa place et les meilleures pour vous, d'abord.
Même Karl Marx a mis ses enfants dans le privé.
Nous les Français et cette foutue « gréviculture » qui nous caractérise. Moitiés fainéants. Rien n'est encore organisé même pas les syndicats. Il en fallut. La grève, ce tic qu'il suffira de redresser. Vous avez les spin-docteurs qu'il vous faut. Les fascistes Italiens employaient à peu près la même expression dans les années 1920.
Travailler 12 heures par jour pour une misère ? Faire travailler les enfants ? Quelle élite l'a décidé ? Quelle grève nous en a sorti ? Quel programme comme un éphémère tournant de la vie, le gouvernement de Léon Blum qui nous a accordé la semaine de 40 heures et les vacances, tardivement mais en 1936 ? Avant les 35 heures comme la dernière mesure sociale de gauche, cette agonie largement critiquée. Jusque-là des enfants pauvres étaient quantités négligeables quand la Comtesse de Ségur parle de percale. Maintenant c'est en Asie ou chez d'autres pauvres enfants qui triment pour HetM entre autre ? Ou dans les mines pour que nos téléphones intelligents fonctionnent. Et on achète sur leur dos. Petite main d’œuvre déplacée, à nouveau torturée sans états d'âmes, à qui on a confié le turbin pour trois sous et pas plus sinon ça cassera leur marché.
Vous dites, les syndicats allemands, meilleurs négociateurs selon vous, qui par cette grève annoncée et ont vite obtenu satisfaction. C'est les bons syndicats. Mais s'ils n'avaient pas prévu une grève, l'augmentation aurait-elle ruisselée ? Tout naturellement, juste les patrons n'y avaient pas pensé.
"Bon sang ! J'avais oublié d'augmenter mon personnel ! Mince ! Flûte !"
Il va falloir vous faire des listes, des cahiers de doléances ? Dans du papier de soie ?
J'ai au moins une preuve, les photos de famille. Alors les visages de mon grand-père mineur à la mine Ida et ma grand-mère lingère chez les particuliers, le linge sale lavé par d'autres et mal payé, sinon ça se serait un peu vu. J'ai cette photo d'eux où lui va avoir 66 ou 67 ans alors elle un an de moins, lui juste avant de tomber malade, et tellement marqués sans la moindre exagération, la douleur du fond, la dureté de ces métiers-là aussi exemplaires, mais c'est vrai. Venez voir puisqu'ils portent les deux vingt bonnes années de plus, de trop. Et la beauté de ces visages simples et si fatigués.
On leur doit bien plus qu'une minute de silence.
Retraite à 55 ans, et gagnée ! parce que leurs jours sont comptés comme tous les mineurs de fond le savent. Tuer à la tâche, alors les ardeurs immobiles et douillettes du Président et de ses disciples qui miment et surjouent l'action, cette frénésie de boulot quand tout le monde le fait pour eux et ne m'épateront pas avec leurs soi-disant 70 heures de travail par jour ou mieux. Ils  décident de tout sur des fauteuils rococos et on leur livre les amuse-gueules  de l'Elysée.
Ma mère racontait que quand ce grand-père revenait de la mine, il tordait son tricot et toute la sueur coulait, rivière de douleurs. Du travail. Faites mieux ! Comme les médecins d'ailleurs qui ne m'épateront pas non plus avec leur emploi du temps. Ca me fait rigoler. Vraiment. Eux qui devraient leur dire que mal dormir est dangereux.
Sinécure, leur travail sera toujours moins brutal et de toutes les manières que de se servir d'un piolet dans le noir.
L'ironie violente du "Arbeit macht frei" ("le travail rend libre" là-bas.. ou ailleurs) m'a frappé en plein cœur. D'autant que mon père meurt de ça autant, pas les mines les affaires, pour un petit gars qui n'était rien et qui en meurt à 55 ans. Du cœur. Je serai fainéante et ce sera ma plus grande ambition, croyez-moi. "Faignasse" oui, mais en colère.
Bien sûr que mon grand-père est mort de la silicose, un bingo où on y gagne toujours. Et ma grand-mère de chagrin avec pourtant l'immense humour du désespoir, et part deux ans plus tard. Ils s'étaient soutenus dans des temps si terribles puisqu'ils étaient nés au tout début du XXe siècle. En Moselle ça n'est pas une mince affaire en ces temps-là. Ils s'aimaient, c'est la grande histoire, chargée en mieux de sentiments. Pas vos savoirs opaques. Je garde donc un mauvais souvenir de l'industrie française et de ses généreux patrons adeptes déjà de la théorie du ruissellement. Leurs fouilles.
Pour moi alors il n'y a pas eu un malaise avec l'église catholique qui déraille à fond, c'est peut-être ça. Mais contre ce Dieu vengeur et impitoyable que j'insulte et qui sortit de ma vie pour longtemps. A perpétuité avec remise de peine si c'est possible de le réinsérer, on ne sait pas encore.
Et vous avez eu bien chaud avec ce charbon-là. Jadis.
Attendez petits, ça ruissellera un jour aussi pour vous. Le mondialisme nous protège, hein !?
Certaines entreprises maintenant payent plus de dividendes que leur chiffre d'affaire ou sont gérées depuis les Etats-Unis. Corvéables à merci. Maffias.
L'économie tue.
Demandez aux Grecs que nos experts félicitent, demandez leur l'augmentation si nette des suicides et dont vous ne vous faites aucun écho. Des journalistes. Un nom que tant de gens de télé usurpent et heureusement pas tous. Ils sont importants au lieu de se prendre pour des importants, la morgue de Catherine Nay ou l'expert en tout Christophe Barbier comme s'il avait toujours un couteau suisse, et l'ironie d'avoir toujours autour du cou une pièce de théâtre, puisqu'il en est féru autant. Facile de voir le monde depuis leurs loges. La politique, l'économie, un peu de sous-culture, les présentateurs qui se prennent pour des vedettes. Personne n'y retrouvera ses petits. Les jeunes ne les regardent plus. Et certains vieux pourraient aussi les zapper.
Stendhal dans son Le Rouge et le Noir c'est l'ambition puissante, viscérale, d'un homme seulement, avec l'appui d'une femme qui met le pied du héros à l'étrier. L'introduit dans le grand monde.
Pendant que Zola accuse la misère qu'il a connue personnellement et la noblesse vaines, les tours de passe-passe des nantis pour être aux manettes. Les mêmes partages de biens qu'aujourd'hui. Les mêmes alliances de la politique et du fric, en pléonasmes. Avec une poésie pourtant qui l'éloigne du naturalisme souhaité.
Le récit de ces bâtisseurs d'un Paris qui s'élargit sous Napoléon III « le petit » comme le précise Hugo.
Monde qui s'engrossit de cette richesse nouvelle à se partager déjà en spéculations. Partages de tripots.
Le baron Haussmann détruit l'ancien Paris de ruelles pour une ligne austère, froide et déterminée. Avec aux franges les luxueux hôtels particuliers rococos du XVIIe arrondissement, repères de familles disfonctionnelles et de nouveaux riches, gras encore façon Zola, poisseux. Les mondes se répondent de romans en romans. Déclinaisons autour de l'avidité. Depuis que Hugo renifle sous sa pluie ascétique et loin de tout ça. En exil décidé par un empereur bidon, on observe d'autres dégâts, les mêmes et de plus profonds. Je le suis. Ici aussi. Dans ma ville.
Une assemblée de philosophes dirigeront l'État, mèneront les hommes malgré-eux et pour leur bien. Ceux qui ne pensent pas comme eux mais qui comprendront que c'est juste. Vœu de Platon réalisé par Lénine et son ironique « dictature du prolétariat » pour décider dans quelle datcha il va s'installer pour le bonheur de tous. Avec des réunions dans des palaces quand leur peuple meurt de faim puisque c'est décidé (des millions de Russes sont à peu près mort de faim sous le régime de Staline autre élite du monstre..) Comme tout le monde ! Et c'est presque pire avec les déguisements de la gauche au profit d'une nomenklatura comme on disait. Idem.

Je cherche à me l'expliquer. La hiérarchie. Les soi-disant « premiers de cordée ».
Ça commence dans 90% des cas d'abord par le confort matériel. L'argent ça donne du temps. Et ça commence à l'école avec des enfants pour la plupart sur des starting-blocks déjà. La majorité de nos écoles ne sont pas concernées. Entre l'École Alsacienne ou le lycée Fénelon à Paris ou le lycée Fabert à Metz, c'est pour les meilleurs d'entre tous et ce qui va avec, c'est à dire l'exigence. On ne la décide pas pour le tout venant. C'est pas les mêmes méthodes et ça se paye. 
Si on avait la même exigence partout, la banlieue n'aurait pas autant le sentiment d'être flouée. D'être bas de gamme comme ça finit par se savoir, avec ou sans plan.
J'aurais aimé ne pas stigmatiser jusque-là, à embrouiller ce mot d'élite. Je leur ai donné pourtant largement leur chance et vraiment, attentive à des discours même s'ils étaient loin de moi. À lire aussi des journaux papier pour fixer certaines idées. Et des livres pour peaufiner. Indulgente.
L'heure n'y est plus et au moins l'élite façon journalistes pour la plupart est caduque à mes yeux d'à présent. Ils ont choisi leur camp et c'est bien trop visible et plus regardable puisque ce n'est pas le mien. Qui n'est plus représenté et pas pour moi seule. Et quand ils invitent une personnalité de gauche, seule elle est forcément mise au ban puisque la politique actuelle, réelle, est la seule possible, celle que tout ce monde attendait dans le fond. Bon pour la France qu'ils connaissent tous de près, intimement. Qui ? Vos sentencieux lèches-bottes du pouvoir comme j'en fais l'amer constat.
Sur France 5 ils ont fait l'expérience inverse, une Macroniste seule au milieu de gens de gauche. Sa morgue ne faisait pas le poids non plus. Si des doutes nouveaux ont pu l'habiter. On le lui souhaite.
Naïve jusque-là depuis un silencieux désespoir.
Même Christine Lagarde a raconté que serrer encore la ceinture des pauvres n'était pas toujours la meilleure idée. Consultez-la. Elle est aussi bankable que vous.
J'ai remarqué plus prosaïquement que les enfants en particulier qui avaient eu des relations conflictuelles avec leur(s) parent(s) décidaient souvent de bâtir l'inverse de ce que ces gens leur ont enseigné, éduqué ou dressé comme certains parents font et confondent. L'autorité c'est en douceur ou elle penche vers le pire. Elle ne se décide pas. Souvent en matière d'éducation d'enfants, ils vont effectivement et quasi méthodiquement s'opposer inconsciemment et consciemment à l'éducation qu'on leur a donné. C'est généralement un piège. On peut ne plus être dans la décision mais dans la rivalité seulement. L'enfer du pouvoir. Et on reproduit le plus souvent la même chose et ça n'est pas nouveau.
La plupart d'entre-eux, certains interviewers ne cherchent  que l'échec, fouinent pour dénicher le conflit et insufflent des idées bêtes, se battent sur des points qui ennuient tout le monde et qui passent leur temps simplement. Ces matinales enjouées quand des gens vont au taf au mieux et pas forcément le meilleur lieu du monde avec multiplication des burn-out jusqu'aux suicides.
Le dire est inaudible, ça ne sert à rien. C'est maintenant les pauvres et les retraités globalement qui regardent encore la télé puisque les autres sont chez Netflix, la télé en mode .0. Pas sûr qu'ils s'en aperçoivent. Des vieux dépendants qu'on a fixé sur BFM.
Satisfaite d'elle-même, l'élite en mode observation de ce désarroi sans rien faire. On a accusé quel patron quand des salariés de France-Télécom (devenu depuis Orange et comme ça tout est pardonné, et même les forfaits de mobiles qui à l'origine nous faisaient des factures inouïes quand il n'y avait pas de concurrence.. ils ont empochés le pactole sans rien dire, en douce, comme quoi parfois...) Qu'est-ce qui a ruisselé de cet or quand tout ça finissait en morts répétées, en suicides collectifs ?
C'est comme s'ils lançaient des modes quand ils prennent seulement le train en marche. Et les humiliés du souffle vous le rendront bien. Cash puisque vous êtes si friand d'anglicisme et de fric avec vos démonstrations de novlangues que vous exprimez si parfaitement et avec le bon accent quand on pense que nous les Français sommes jugés réfractaires aux langues étrangères. Accent de ploucs de province. Comme de nouveaux-riches. Comme les deux nigauds. C'est pas nous comme on croit.
Ces animateurs de débats sur les chaînes d'info, lesquelles ? et qui tiennent à ne pas nous faire oublier qu'ils sont à l'origine de vrais journalistes jouant à se méler de tout ou soudain mimant les naïfs comme s'ils se rappelaient de nous – un nous inventé – et ne lisent jamais on dirait les livres de leurs confrères. Comme s'ils voulaient représenter l'image du monde, celle de Français sûrement imaginaires et forcément un peu cons. Exigence encore réservée.
J'ai connu dans le même genre de sale élitisme, des professeurs d'Université pour beaucoup issus de grandes écoles et qui jouaient aussi en dessous de leurs capacités.
Alors quand ils parlent des "gens modestes", ils ont l'air de penser que notre intelligence serait elle aussi "modeste".
Qui croit que l'université n'est qu'une sorte d'erzatz des grandes écoles et des postes pour ceux qui les ont fait, Centrale ou la rue d'Ulm ?
Ça concerne des gens de qui j'ai été proche, des amis, ce qui me désolait. Leurs enseignants, comme des caïmans (c'est ainsi que l'on nomme des enseignants de l'Ecole Normale Supérieure), des mandarins (professeurs à l'université ou au Collège de France par exemple, élite intellectuelle, des gros sachants) qui les avaient souvent regardé de haut et ils prétendent faire l'inverse. En mépris sous-jacent, involontaire presque, de l'université où ils enseignent et qu'ils n'ont pas fréquentée. Alain Badiou, l'auteur de la pièce de théâtre L'écharpe rouge, plus couramment philosophe en est un exemple et certains baratinages concernant la fac de Paris-8 Vincennes, libre. Et de sous évaluer par principe. Pour le bien de qui ?
Et l'histoire même de ce vrai-âne recevant un vrai diplôme à Paris-8 Vincennes en ces années 70 si joyeuses. Et c'est exactement ce que ces hurluberlus nous promettaient ? On comprend mieux la chute dans le 93. La punition en Seine-Saint-Denis. Leur traversée du désert. Et la nôtre.
Eux prétendaient lutter contre l'élitisme, d'accord, mais pas non plus à tout prix et en rabotant. Pour garder leurs diplômes ils sont souvent près à tout. Rabaisser les notes. Faire acte de présence c'est noté et nous donne la moyenne (???). C'est encore ou de toujours sous-estimer l'adversaire, puisque c'est ainsi. Faire comme si le combat n'était pas aussi difficile.
Des soi-disant journalistes qui ne questionnent que la forme puisqu'ils ignorent le fond, on dirait.
Le Street-art n'est pas qu'une mode de tags plutôt jolis puisque c'est plus souvent dans la vraie vie que se trouvent des pépites, que Bernard Arnault n'obtiendra pas depuis son ennui de riche. Tout simplement. À jouer au monopoly en sautant de paradis fiscaux en paradis fiscaux. Mais montré à l'Amérique, emmené dans notre Falcon présidentiel, à nos frais, comme homme exemplaire et généreux de lui-même. Souhaitant lui aussi et de toujours le bien des Français et de ses ouvriers comme on le sait, eux qui travaillent sous son joug.
« Président des très riches.. » oui et le dit l'ancien Président pas en reste sur ce point.
Qu'ils y restent aux States ! Tous si « Amazing ! » comme le serine l'élite financière dont Donald Trump est le représentant. Nous avec un milliardaire en évadé fiscal et qui voyage aux frais de la princesse !

Les premiers de cordée, ce sont d'abord les instituteurs, les maîtres et les maîtresses plus ou moins bons, mais qui quand ils le sont, bons transmetteurs, font et ont fait le principal boulot, le boulot initial et pour tous. Les uns ou les autres n'auraient pas pu rater l'École Normale Supérieure sans ces maîtres-là. Et nos réussites. Jusque-là tout va bien. Et on a fait que casser cette profession.
Les deuxièmes ex-aequo pour moi sont tous les gens du monde médical quand il va bien et qui vous a tous vu naître dans à peu près de bonnes conditions. Pas besoin alors de faire 57 kilomètres pour aller voir son petit-fils, à l'époque. Et sans bagnole prendre trois bus. Nostalgie narquoise du temps où il y avait une boulangerie en bas de chez soi. Le modèle français est envié quand il est déjà en partie en désastre et ils voudraient le casser.
Qu'est-ce que l'élite nous promet ?
Quand dans une sorte de large bateau en fer sur cale, sur pilotis et à deux minutes de chez moi, dans les années 70 s'y trouvaient un bureau de tabac, un COOP, un pressing, une boulangerie, un cordonnier, des magasins. Maintenant il ne reste que le fer de rideaux fermés. C'est mort. Radeau de la méduse de politiques idiotes.
On a une politique des loyers délirante. L'exemple Allemand alors là est parlant. Les prix jusque-là très bas des loyers de la ville de Berlin qui commencent à augmenter ou d'ailleurs et sont restés globalement abordables. Ca change la vie et même celle de gens qui gagnent 4 euros de l'heure comme on nous le promet. Sacré modèle !
Alors quelle promesse dans quel futur puisque notre présent c'est ça, et qu'il faudrait rien que pour vous nous serrer la ceinture ? Serrer quoi ? Quand vous prônez l'agrandissement de certaines ZAC en indigestions de grandes surfaces, et aussi de charger en même temps les municipalités de réveiller leurs centres villes.
Je ne suis pas sûre de savoir verticalement ou horizontalement ce qu'en de telles situations le « en même temps » veut dire. Là ou ailleurs d'ailleurs. Je pense même le contraire sans démarche philosophique mais œuvre de bon sens, de sens commun on dit aussi pour faire plus chic afin de rendre cela plus confus. Common sense c'est mieux ?
Des efforts de traduction sont à faire.
Mais je ne veux pas gâcher la journée de ceux qui pensent que tout est possible. La chance. Elle a bon dos. C'est quand les gens parlent de vivre-ensemble qu'ils sont largement désorientés.
Les transgressions sont ce qu'elles sont, une manière d'évacuer beaucoup de problèmes qui pourraient nous rattraper. C'est parfois sortir d'une impasse ou parfois s'y enfoncer.
Un charter pour les riches. Ils sont si peu à détenir le capital à présent qu'un vol suffira.

L'argent. Mon mystère.
Un point décisif comme un moteur pour beaucoup. Sans son attrait j'ai le sentiment qu'on reste boiteux d'une certaine vie. La vraie ? En rade.
Pourquoi pensez-vous que les petits-dealers de cités s'achètent principalement des BMW ? Pour faire comme vous ! Puisque sinon ils n'y arriveront pas pour la plupart jamais à se l'offrir « Das Auto ! ». Envie qui brûle même parfois, les caisses pourries ou non de leurs banlieues. Et les feux de banlieues font moins de couvertures que quand ils s'avancent intramuros, pas si loin de vous. Alors.. Des gens héritent eux volent. Chacun son marché noir.
Si je prends mon cas, en ethnologue puisque j'en ai le diplôme aussi, en « ethnie d'une seule personne » comme l'inventait Yves Lecerf, je sais que sans ce ferment, l'argent, beaucoup de choses ne se décident pas. Je ne marche pas. Alors ai-je avancé si je ne suis toujours pas intéressée par lui ?
L'ambition est pourtant ce qui me désigne principalement, paradoxalement. Ayant appris vite et bien j'en conviens, à lire et à écrire, je décidais de suite d'écrire des poèmes sur le modèle de ceux que j'apprenais en classe. En piano aussi, je manquais de technique, ma sœur était bien meilleure, mais je composais de petits morceaux que le professeur notait. Il ne m'en reste rien, mais c'est tout de même cette envie, ce souhait d'inventer qui me caractérisait.
Ma mère m'imaginait une célébrité à la mesure de Minou Drouet, une jeune écrivain-enfant d'alors. J'étais encouragée en quelque sorte.
Nos cours de piano n'étaient pas le souci de faire une activité considérée encore comme plutôt bourgeoise dans les années 60, une paille ! Non. Dans le premier café de mes parents, il y avait par hasard un vieux piano, là d'avant notre arrivée. Et la petite histoire c'est que ma sœur très jeune y a retrouvé les notes d'une de ces chansons idiotes et drôles de l'époque. Le « Petit cordonnier t'es bête, t'es bête... » si des gens s'en souviennent. Elle en trouva tout l'air sans avoir rien appris. Mes parents seront comme au garde à vous de nos supposés talents d'enfants, sans jamais nous obliger à rien, mais en nous achetant un piano ou à moi une machine à écrire. C'est peut-être la différence. C'était du fil en aiguille.
L'écriture pour devenir écrivain, la musique pour en devenir auteure, c'est cela qui était ambitieux. Pas forcément réussi, soit.
Il n'y avait pas d'artistes dans la famille ni d'intellectuel. Mais des amuseurs, beaucoup. J'ai essayé d'être l'un et l'autre de ce qui me fascinait principalement. Il y était beaucoup aussi question d'amour. Jusque-là.
La fac, je m'y suis essayée par trois fois tellement j'étais impressionnée, me dirigeant mal, choisissant les mauvaises unités de valeur quand ça s'appelait comme ça. Avant de trouver la discipline qui m'accepterait et pas l'inverse. Ce fut le théâtre et comme un rideau qui s'ouvre avec des mentions Bien et Très-Bien à foison. Je n'étais pas sûre de comprendre cette réussite-là quand j'avais perdu deux ans, mais ravie.
Aussi du répit que cela me donnait puisque ces études me permettaient de ne pas entrer de suite dans le monde du travail qui m'a de toujours effrayé.
Si je n'avais pas fait certaines rencontres, et Yves Lecerf comme je l'explique, le raconte ici. Oui je ne serais jamais arrivée au bord de la thèse, ne pouvant vraiment m'y destiner, la soutenance impossible dont je ne serai pas capable, jamais. Une éloquence attendue et dont je suis totalement dépourvue. L'oral resté une hantise. Et à l'université tout du long j'ai savamment caboté pour lui échapper. Mes écrits rattrapaient il semblait cette défaillance, et c'était heureux.
« Tant d'études pour ne rien en faire.. » m'a dit un jour mon frère aîné.
Oui, quand c'est apprendre qui me convient. Je ne faisais pas carrière, c'est butiner qui pourrait aller.
« Je ne voudrais pas être.. une loseuse comme toi.. » m'affirme un jour ma cousine. J'avais trente ans déjà.
Sacré famille ! Et encourageante avec ça.
Bien sûr qu'il est douloureux d'entendre cela.
Je garde pourtant en souvenir ou il me revient, de ces professeures avec qui j'étais devenue amie durant le lycée. Je me rappelle de la journée avant mon oral de rattrapage du bac quand ils me faisaient réviser, m'encourageaient comme des coachs qui n'existaient pas alors ou s'appelaient autrement. Deux ou trois heures d'espagnol aussi en cette veille d'oraux justement. Baignée dedans la veille j'obtiens un 13 alors dans une langue que je ne connais pas. S'ils ne m'avaient pas accompagnée aussi le jour de ces oraux je me serais barrée. Je me serais défilée, gonflée d'orgueil et perdue. Je n'aurais pas été la première de cette famille finalement à avoir mon baccalauréat.
Ainsi si je n'avais pas rencontré l'ami Yves, je serais restée sur le carreau comme je l'ai démontré. Pas félicitée pour les mémoires que j'ai rédigés.
L'ambition n'est pas suffisante, ni même le savoir. Il faut avoir des clefs et elles ne s'inventent pas. J'ai retenu tant de leçons de mes échecs. Jusqu'à réussir.
Peut-être que je me trompe, oubliant étrangement l'autre paramètre, l'attrait du pouvoir et on n'y va pas ou rarement sans des billes en poche.

Yves Lecerf m'a dit un jour, je le connaissais à peine, que l'intelligence était « héréditaire ». Lui Normalien comme son frère Didier (les deux fils ne se sont pas contentés de ces hauts faits en réussissant pour Didier l'ENA et pour Yves l'Ecole Polytechnique) et comme leur père. Avec un grand-père responsable d'une Université Protestante. Héritages et pas rien.
J'étais consternée. Quelle preuve avais-je de l'intelligence de mes parents qui n'avaient passé que le Certificat d'Étude chacun ?
Sans bibliothèques à la maison on avance au radar.
Oui j'ai eu honte d'eux et j'en étais désolée, vexée. C'est en montant en grade à l'université qui le permettait alors et aussi le besoin de cette liberté qui la déterminait jusque-là, que j'ai pu les retrouver. J'ai pu y réfléchir d'en-haut on pourrait dire.
J'ai commencé à écrire des lettres de remerciements à ma mère, qu'elle appellera mes « romans ». Je la remerciais de cette intelligence et de cette curiosité dont elle était faite, dont je me sentais héritière à mon tour. Celle de mon père qu'elle tenait tant à réaffirmer. Partager les livres que j'aimais avec elle. Je lui ai fabriqué une bibliothèque. Cadeaux.
À l'université j'avais eu jusque-là le droit de me planter, de recommencer. Je n'ai d'ailleurs demandé une bourse que j'ai obtenue, qu'à partir de la fac de Théâtre fort judicieusement puisqu'elle incite à réussir sinon on vous la coupe au deuxième ratage.
Je n'ai d'ailleurs pas compris qu'on invente des universités pour les séniors. Entre vieux. Pourquoi ils n'écouteraient pas, en auditeurs libres ou même passer le diplôme, les cours des jeunes, en même temps, avec des professeurs qu'ils auraient envie d'écouter ?
Aujourd'hui on en ferme les portes. Le rideau se tire ou se déchire ? Je ne sais pas. Et suis outrée de ce qu'ils veulent faire d'un endroit où ils ne sont pas allés.

Si je m'étais intéressée à l'argent, mon ambition aurait-elle été la même ? Et toute ma vie ? Je ne serai pas devenue une loseuse comme le prédisait ma cousine (responsable-de-la-com pour un EDF régional, provinciale et c'est dire en matière de droit de réponse).
L'écriture reste mon refuge et contient tous mes manques. On ne brille pas que de ses capacités. Les fêlures et la solitude comptent autant je me dis. Elles font comme des bifurcations qui elles aussi peuvent être heureuses.
J'oublie de consommer et c'est presque un comble. Ce n'est pas seulement parce que je n'aime pas cette société là, mais plutôt comme si je n'avais pas le temps. M'oublier de lectures et autres inventions pour narguer l'ennui. Confier mes désirs à autre chose que des marchandises. Ou des fourgons de savoir.
Je n'ai pas rejeté ce monde de l'élite qu'Yves Lecerf représentait très franchement. Puisque j'ai aimé sincèrement cet homme, d'abord d'un autre monde, mais pas sur fond de lutte des classes, même s'il en a été question. Je n'ai pas eu le souhait de le casser, je déteste ça. Mais nous avons coopéré d'un monde à un autre, d'une classe à l'autre, pour en sortir finalement. Un charabia qui ne nous concernait plus.
Ailleurs, depuis un monde où on cherche et que mes parents aussi questionnaient, d'abord. Intelligemment.

« N'oublie pas d'où tu viens » c'est le principal de ce que ma mère m'a légué. Ça contient beaucoup. Cet enseignement aussi libre de mes deux parents. Et leur vérité puisqu'ils annonçaient la couleur comme des gens qui inspiraient confiance, qu'on sentait au moins fidèles à eux-mêmes. Du théâtre souvent mais moins de cinéma. Et je me suis trompée beaucoup dans la vie, mon éducation c'était de ne pas comprendre les esprits tordus. J'ai mis du temps. Une grande sagesse réside dans ce qui ressemble à une vérité en moi.
Un jour, parlant de mon père, j'ai écrit qu'il était un prolo. Levée de boucliers du frère aîné encore et à ses alentours pour dire quoi, juste un « petit commerçant » qu'ils disent.
Tous les ans quand à l'école on nous demandait le métier du père, je l'interrogeais chaque fois, ne comprenant pas très bien ce qu'il faisait, en homme d'affaires avec sa sacoche en cuir, son maroquin.
J'aurais pu dire la même chose de ma mère. Et c'était parler d'où on vient de la sorte. Mes parents même dans la réussite n'ont pas mis d'oripeaux d'une sorte de bourgeoisie. Ils n'en ont jamais eu le temps. Mon éducation ne l'a pas été et j'en suis le témoignage Si mes frères précisément ont été plus concernés par cette forme d'éducation, c'était plus en vivant auprès d'enfants de la bourgeoisie côtoyés dans le pensionnat de curés où ils sont allés et dont le niveau était très bon, plutôt que par les manières de mon père ou surtout de ma mère.
Dans l'éducation bourgeoise il y a cette part d'hypocrisie déguisée le plus souvent en politesse. Un jeu. Les valeurs de mes parents étaient plus universelles ou sinon plus morales que sociales. Ni l'un ni l'autre n'étaient bigots sans l'avoir appris.
Quand on oublie cela qu'est-ce qu'on est ? Et d'où parle-t-on ? Depuis quel mensonge ou erreur de jugement. Trahison de soi-même. La vérité est mieux même si elle suscite des débats à l'heure de l'anti-parlementarisme.
Pourtant c'est de Charybde en Scylla en matière de logements par exemple que nous sommes allés, cette famille. Et ma mère jamais différente quelques soient nos ressources. Ce n'est pas la ruine qui l'inquiétera, c'est la mort de mon père dont la douleur en elle durera toujours et qui la frappe. Ses quarante années de désert et dans la bonne humeur que je lui ai toujours connue, batailleuse jusqu'au moment de rendre les gants à 93 ans. Ce grand âge qui l'étonnait elle-même.
Le seul haiku de ma mère :
"Il y a tant de larmes / Dans la rue de ma peine". Et c'est beau alors que c'est vrai.
Mon « prolo », c'était une tentative de dire plus qu'une vérité factuelle, mais une réalité essentielle.
Ce n'est pas que je n'aime pas l'argent, pas du tout. Je n'ai aucun rêve de collectivisme, ça me rappelle de bien trop mauvais souvenirs. C'est qu'il n'est pas un but ni sa fin. Un moyen mais pour vivre tranquille sans avidité excessive. Tenter de dénicher ma liberté.
Parce que si mes grands-parents étaient fatigués, ils ne voulaient pas le bout du monde non plus. Je les ai toujours connu heureux, en même temps.
L'argent rend con et je parle de sommes dont je finis par ne plus rien comprendre et comment dépenser des milliards. Des problèmes radicaux. On va finir par s'en apercevoir. Je laisse leurs Rolex et leurs costumes aux idiots et aux propagandistes.
Je n'ai rien contre l'élite quand elle s'abaisse, se penche, accueille, aide, encourage, donne les moyens, partage les outils de la réussite. Et comme Yves Lecerf l'a fait pour moi et pour d'autres. Le pied à un autre étrier.
Bonne fête Monsieur Macron !



"Tant qu'il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d'une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans certaines régions, l'asphyxie sociale sera possible ; en d'autres termes, et à un point de vue plus étendue encore, tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles."
Victor HUGO  Incipit Les Misérables (Hauteville House, 1er janvier 1862)